les affinitees e-lectives.

jerome attal. Les affinitees e-lectives. Blog-notes. Liens. "Je suis avide de ce que le hasard peut, je l'espere, me donner et qui depasse de loin quoi que ce soit que je puisse calculer logiquement" (Francis Bacon a David Sylvester, entretiens).

Friday, July 02, 2004

Album 11 titre disponible chez tous les disquaires :

Tuesday, January 07, 2003

Hitchcock - Truffaut.


Il y a encore une petite histoire intéressante à propos de ce film. John propose à Laurita de l'épouser et, au lieu de lui répondre, elle dit : "Je vous téléphonerai de chez moi vers minuit", et alors le plan suivant cadre une montre-bracelet sur laquelle on voit minuit ; c'est la montre d'une standardiste qui lit un livre ; une petite lumière s'allume sur le tableau, la standardiste introduit la fiche, s'apprête à reprendre sa lecture, porte machinallement l'écouteur à son oreille, abandonne son livre et commence à écouter passionnément la conversation. C'est-à-dire que je n'ai jamais montré l'homme et la femme, mais l'on comprenait ce qui se passait par les réactions de la standardiste.

Alfred Hitchcock à François Truffaut (Hitchcock / Truffaut, édition définitive).

Monday, December 23, 2002

Roland Barthes



Un homme distingué, c'est un homme qui se sépare du vulgaire par des moyens dont le volume est modeste mais dont la force, en quelque sorte énergétique, est très grande. (...)
Le dandysme n'est donc pas seulement une éthique (sur laquelle depuis Baudelaire et Barbey on a beaucoup écrit), mais aussi une technique. C'est l'union de l'une et de l'autre qui fait le dandy, et c'est évidemment la seconde qui est garante de la première, comme dans toutes les philosophies ascétiques (du type indou, par exemple), où une conduite physique sert de voie à l'exercice d'une pensée ; et comme cette pensée consiste ici dans une vision absolument singulière de soi-même, le dandy est condamné à inventer sans cesse des traits distinctifs infiniment nouveaux : tantôt il s'appuie sur la richesse pour distancer les pauvres, tantôt il recherche l'usure pour distancer les riches : c'est précisément la fonction du "détail" que de permettre au dandy de fuir la masse et de n'être jamais rejoint par elle ; sa singularité est absolue en essence, mais retenue en substance, car il ne doit jamais tomber dans l'excentrique, qui est une forme éminemment imitable. (...)"

Roland Barthes, Le Dandysme et la mode (Roland Barthes, Oeuvres Complètes, volume 2)

Saturday, December 07, 2002

Fitzgerald.

Every California girl has lost at least one ovary
And none of them has read Madame Bovary.

Francis Scott Fitzgerald, Carnets.

Friday, November 15, 2002

Oeufs à la Nabocoque.

Faire bouillir de l'eau dans une casserole (quand les bulles apparaissent, c'est que ça bout !). Prendre dans le frigo deux oeufs (quantité pour une personne). Les passer sous l'eau chaude courante pour les préparer à ce qui les attend. Les placer l'un après l'autre dans une cuillère, et les faire glisser silencieusement dans l'eau (bouillante). Consulter sa montre. Se tenir au-dessus d'eux avec une cuillère prête à les empêcher de heurter les fichus bords de la casserole (ils ont tendance à rouler). Si malgré tout un oeuf se fissure dans l'eau (qui bout maintenant comme une enragée) en commençant à dégorger un nuage d'une substance blanche, comme un médium de l'ancien temps, le retirer et le jeter. En prendre un autre et faire plus attention. Au bout de 200 secondes - mieux vaut compter 240 avec les interruptions - entreprendre de repêcher les oeufs. Les placer chacun dans un coquetier, le gros bout vers le haut. Tapoter en rond autour de la coquille avec une petite cuillère, puis enlever ce couvercle en faisant levier. Prévoir du sel et du pain (blanc) beurré.

Vladimir Nabokov, Montreux, 13 novembre 1972. Traduit de l'anglais par Hélène Henry.

Thursday, September 12, 2002

Stendhal.


"Le grand inconvénient d'avoir de l'esprit c'est qu'il faut avoir l'oeil fixé sur les demi-sots qui vous entourent, et se pénétrer de leurs plates sensations."

Stendhal.

Sunday, September 08, 2002

Hervé Guibert.


"La plupart des tableaux que j'ai finalement achetés et dont la possession n'a plus cessé de me donner du plaisir, je les ai découverts de très loin, derrière des jeux de vitre, et dans un mouvement qui m'empêchait d'arrêter mon regard sur eux pour bien les comprendre, j'étais assis dans l'auto-bus, je regardais la rue par la vitre, et soudain j'apercevais dans l'arrière-fond obscur d'une librairie inconnue de la rue des Martyrs ce tableau du jeune Tartirius qui est devenu mon co-locataire, mon room-mate depuis 1987. Le tableau conquérait de plein fouet mon désir. Je le reconnaissais comme un objet familier, une possession de toujours. Il ne résisterait certainement pas au rapprochement du regard, et cette prémisse de déception me rassurait. J'y retournais voir, à pied, tranquillement. J'entrais dans la boutique, je m'approchais du tableau posé au fond sur la cheminée, le seul tableau dans ce magasin de livres rares, et il était tel que mon premier regard l'avait découvert et aimé dans son imagination, tel qu'en lui-même, identique à mon rêve du tableau, et souvent au mieux de lui-même, encore mieux que ce que j'avais redouté, au point qu'il me contraindrait à l'acquérir."

Hervé Guibert dans : L'homme au chapeau rouge (Folio 2647).

Hervé Guibert.


"L'écho que me renvoient, de moi, les voisins ou les commerçants, c'est-à-dire des êtres qui me voient passer depuis cinq ans, toujours seul, les cheveux mouillés le matin, avec des paquets de linge dans les bras, et n'achetant jamais de nourriture, n'achetant que des rames de papier, de l'encre, des rubans de machine à écrire, du débouche-évier, est une image plutôt humiliante, une caricature : ils se demandent de quoi je peux bien vivre, de quel argent moi qui n'ai pas d'horaires, et de quelles affections, ainsi solitaire. Les demandes qu'ils m'adressent, pour percer un peu ce mystère, sont des demandes prudentes, hésitantes, comme celles de parents inquiets. Le voisin de palier retraité rencontré dans l'ascenceur avec sa femme, et qui ne m'a jamais adressé la parole depuis cinq ans que je suis son voisin, se décide enfin à me demander : "Alors vous êtes là toujours tout seul, au bout du palier ? Mais vous devez avoir des copains..." L'employée de la papeterie me dit : "Mais vous avez les cheveux mouillés, vous allez attraper mal...alors, vous tapez toujours ?" (elle voulait dire : à la machine). Et je ressens ces apostrophes qui sont pourtant réellement attentionnées, comme des atteintes, une pitié humiliante parce qu'elle me repousse dans cette caricature du célibataire, de l'artiste, du fou. Et si je me suicide un jour, ils auront de quoi dire à ressasser cette image comme la vraie cause."

Hervé Guibert dans Le Mausolée des Amants (Journal 1976 - 1991) éditions Gallimard.

Sunday, August 25, 2002

Marcello Mastroianni.



"Selon Proust, les meilleurs paradis sont les paradis perdus. c'est une phrase célèbre à juste titre. Je me permets d'ajouter qu'il existe peut-être des paradis encore plus fascinants : ceux qu'on n'a jamais vécus, les lieux et les aventures qu'on entrevoit, là-bas.
Pas derrière nous, comme les paradis perdus qui rendent nostalgiques, mais devant nous, dans l'espoir qu'un jour peut-être, comme les rêves qui se réalisent, on arrivera à les atteindre, les toucher.
Le charme du voyage réside peut-être dans cet enchantement, cette nostalgie paradoxale du futur. C'est la force qui fait imaginer ou croire qu'on fait un voyage, et qu'on trouvera dans une gare inconnue, quelque chose qui changera notre vie. On cesse peut-être d'être jeune quand on ne fait que regretter, aimer seulement les paradis perdus."

Marcello Mastroianni dans Je me souviens oui, je me souviens , film documentaire d'Anna Maria Tato.

Thursday, August 22, 2002

Elise.

"code bon zone 1 protégée 04h14 lundi 18 mars vous avez 5 minutes pour quitter les lieux.
l'avenue est désespérément vide, il pleut et il n'y a pas de taxi.
les rares voitures ralentissent en passant devant moi.
je fais un peu le tour de la place, je vais aller où ?
oui bien sûr les clefs sont sous le paillasson.
Déboule une très jolie jeune femme blonde assortie d'un parapluie noir et d'un manteau beige.
Elle cherche du feu, je lui demande une cigarette. Elle doit avoir 22 ans peut être, elle est très bien habillée. je me souviens aussi de son parfum, elle sentait vraiment bon. On se dit vous et comme nous cherchons un taxi toutes les deux et qu'elle a l'air de bien connaître les beaux quartiers elle me prête un bout de son parapluie et nous remontons l'avenue victor hugo. Alors elle me dit qu'elle espère que les deux types de tout à l'heure ne vont pas revenir l'emmerder, parce qu' elle travaille dans la rue, sa tune n'est pas dans son sac évidemment, mais ça l'emmerde à force les cons qui l'empêchent de bosser. Je lui demande ce qu'ils voulaient ces deux types, elle me répond que c'etait juste pour la faire chier c'est tout ! -ah, oui, .. mais vous allez où ? son portable sonne " oui oui j'arrive là, j'ai fini " je pense, moi aussi j'ai fini, je voudrais la suivre, savoir où elle habite et qui l'attend. Comme il pleut et parce que j'avais envie nous prenons un taxi ensemble. elle m'offre quatre cigarettes pour me remercier de l'avoir déposée avenue des champs élysées, je dis non, mais elle dit qu'elle à un autre paquet. je voulais lui demander son numéro de téléphone mais je n'ai pas osé. (...)"

Elise dans La chambre des demoiselles.