Stendhal.
"Le grand inconvénient d'avoir de l'esprit c'est qu'il faut avoir l'oeil fixé sur les demi-sots qui vous entourent, et se pénétrer de leurs plates sensations."
Stendhal.
les affinitees e-lectives.
jerome attal. Les affinitees e-lectives. Blog-notes. Liens. "Je suis avide de ce que le hasard peut, je l'espere, me donner et qui depasse de loin quoi que ce soit que je puisse calculer logiquement" (Francis Bacon a David Sylvester, entretiens).
Thursday, September 12, 2002
Sunday, September 08, 2002
Hervé Guibert.
"La plupart des tableaux que j'ai finalement achetés et dont la possession n'a plus cessé de me donner du plaisir, je les ai découverts de très loin, derrière des jeux de vitre, et dans un mouvement qui m'empêchait d'arrêter mon regard sur eux pour bien les comprendre, j'étais assis dans l'auto-bus, je regardais la rue par la vitre, et soudain j'apercevais dans l'arrière-fond obscur d'une librairie inconnue de la rue des Martyrs ce tableau du jeune Tartirius qui est devenu mon co-locataire, mon room-mate depuis 1987. Le tableau conquérait de plein fouet mon désir. Je le reconnaissais comme un objet familier, une possession de toujours. Il ne résisterait certainement pas au rapprochement du regard, et cette prémisse de déception me rassurait. J'y retournais voir, à pied, tranquillement. J'entrais dans la boutique, je m'approchais du tableau posé au fond sur la cheminée, le seul tableau dans ce magasin de livres rares, et il était tel que mon premier regard l'avait découvert et aimé dans son imagination, tel qu'en lui-même, identique à mon rêve du tableau, et souvent au mieux de lui-même, encore mieux que ce que j'avais redouté, au point qu'il me contraindrait à l'acquérir."
Hervé Guibert dans : L'homme au chapeau rouge (Folio 2647).
Hervé Guibert.
"L'écho que me renvoient, de moi, les voisins ou les commerçants, c'est-à-dire des êtres qui me voient passer depuis cinq ans, toujours seul, les cheveux mouillés le matin, avec des paquets de linge dans les bras, et n'achetant jamais de nourriture, n'achetant que des rames de papier, de l'encre, des rubans de machine à écrire, du débouche-évier, est une image plutôt humiliante, une caricature : ils se demandent de quoi je peux bien vivre, de quel argent moi qui n'ai pas d'horaires, et de quelles affections, ainsi solitaire. Les demandes qu'ils m'adressent, pour percer un peu ce mystère, sont des demandes prudentes, hésitantes, comme celles de parents inquiets. Le voisin de palier retraité rencontré dans l'ascenceur avec sa femme, et qui ne m'a jamais adressé la parole depuis cinq ans que je suis son voisin, se décide enfin à me demander : "Alors vous êtes là toujours tout seul, au bout du palier ? Mais vous devez avoir des copains..." L'employée de la papeterie me dit : "Mais vous avez les cheveux mouillés, vous allez attraper mal...alors, vous tapez toujours ?" (elle voulait dire : à la machine). Et je ressens ces apostrophes qui sont pourtant réellement attentionnées, comme des atteintes, une pitié humiliante parce qu'elle me repousse dans cette caricature du célibataire, de l'artiste, du fou. Et si je me suicide un jour, ils auront de quoi dire à ressasser cette image comme la vraie cause."
Hervé Guibert dans Le Mausolée des Amants (Journal 1976 - 1991) éditions Gallimard.
